CONSOMMATION 2010 : LES NOUVELLES TENDANCES
Flavien NEUVY, Responsable de l'Observatoire CETELEM nous livre les grandes tendances actuelles du commerce. Il fait également le point sur le phénomène grandissant du conso-vendeur et sur l'utilisation d'Internet.
1. Quelles vont être les grandes tendances de consommation des ménages français au cours des 10 prochaines années ?
La consommation des ménages sera impactée par deux grandes tendances : le vieillissement de la population et le problème du sentiment de baisse du pouvoir d’achat.
Les plus de 60 ans vont représenter 27% de la population à horizon 2020 contre 23% aujourd’hui et leur poids dans la consommation totale des ménages va s’accélérer. Il faut donc que les acteurs du monde du commerce se préparent à cette mutation.
Le pouvoir d’achat de son côté va rester une préoccupation durable. En effet, en dépit des hausses du pourvoir d’achat des ménages français constatées par l’Insee, les ménages français ont le sentiment que le leur baisse depuis des années. Ceci s’explique par le fait que les dépenses contraintes augmentent régulièrement (logement, charges et santé), que les dépenses « plaisir » augmentent également et que, du coup, les marges de manœuvres financières se réduisent pour les dépenses du quotidien (carburant, textile et alimentaire).
Ce sentiment de baisse de pouvoir d’achat est donc durable et pousse les ménages à faire des arbitrages de plus en plus serrés. Face à ces évolutions de nouveaux comportements apparaissent au premier rang desquels nous pouvons citer le développement du marché de l’occasion qui touche tous les secteurs.
2. Nous entendons de plus en plus parler de « conso-vendeur ». Pourriez-vous nous présenter ce phénomène à l’échelle nationale ainsi que ses répercussions ?
Et bien si le consommateur achète aujourd’hui volontiers des produits d’occasion, il se met à en vendre également, il devient un « conso-vendeur ». Selon L’Observatoire Cetelem de la consommation, 1 Français sur 2 a déjà vendu par lui-même un bien culturel (livre, CD, jeux vidéo…). Les mentalités évoluent : aujourd’hui, lorsque l’on n’a plus l’usage d’un bien, le premier réflexe c’est de le remettre en vente, Internet facilite le processus. La question qui se pose est de savoir comment les grandes enseignes de distribution dont le cœur d’activité est centré sur le neuf vont réagir. Vont-elles essayer de récupérer une partie de cette activité ou vont-elles laisser le marché leur échapper ?
3. Le nombre de transactions effectuées sur Internet ne cesse d’augmenter, quelles sont les outils à disposition des commerces traditionnels pour ne pas être victime du développement du net ?
Trop souvent Internet est perçu comme une menace par les commerçants traditionnels. En réalité il s’agit d’un formidable vecteur de croissance. La question n’est pas de savoir si c’est Internet ou le magasin, c’est Internet et le magasin. Le tout est de trouver la bonne formule : site dédié, utilisation des plates-formes existantes…Tout se vend sur Internet, il n’est pas encore trop tard pour s’y mettre.
1. M. le Ministre, lorsque vous évoquez un jeune sur cinq en alternance en 2015, cela génère de la quantité. Comment envisagez-vous de développer simultanément l’aspect qualitatif de l’alternance ?
Je souhaite tout d’abord rappeler que l’apprentissage et l’alternance c’est un choix gagnant pour tout le monde :
- pour le jeune, c’est l’assurance d’accéder à une formation débouchant sur un diplôme ou une qualification professionnelle reconnue, de percevoir une rémunération et d’acquérir une expérience ; c’est l’accès à un véritable contrat de travail, à une véritable communauté de travail et d’insertion dans l’emploi durable à la sortie ;
- pour l’entreprise, c’est la possibilité de former des salariés directement à ses métiers, de fidéliser les jeunes dans le cadre de sa politique de recrutement et de s’enrichir au niveau du capital humain.
Il nous faut développer cette formation, surtout lorsque l’on sait qu’un jeune a deux fois plus de chances d’être embauché lorsqu’il a fait le choix de l’apprentissage. En France, il nous faut donc franchir un palier supplémentaire, en quantité comme en qualité. C’est à partir de ce constat que l’objectif ambitieux qu’1 jeune sur 5 soit en formation par alternance à horizon 2015 est crédible.
Il faut que l’apprentissage se développe partout, dans les grandes écoles, dans les universités, dans la fonction publique territoriale et à tous les niveaux de formation jusqu’au niveau ingénieur. L’enjeu est désormais d’élargir l’accès à cette voie d’excellence à tous les jeunes et aux entreprises qui n’ont pas suffisamment d’informations.
Pour y arriver, je souhaite que les réseaux consulaires évoluent davantage encore vers les filières d’excellence et développent les formations de niveau supérieur. Ces filières porteuses d’emplois sont aussi celles qui font appel à l’économie de la connaissance, aux activités de services à la personne, au développement durable. Ces filières doivent être partout promues et être accessibles par l’apprentissage et l’alternance. C’est l’affaire de tous.
2. Comment votre objectif s’inscrit-il dans les politiques des Régions en matière d’apprentissage ? A titre d’exemple, actuellement seules les Régions octroient les ouvertures de section d’apprentissage supplémentaire…
L’alternance et notamment l’apprentissage progressent trop faiblement dans notre pays alors même qu’il s’agit historiquement des premières compétences décentralisées aux régions et que ces prérogatives ont été renforcées, avec par exemple le transfert de la responsabilité du versement des primes aux employeurs d’apprentissage.
Rendez-vous compte : aujourd’hui, quatre régions comptabilisent 40% des apprentis (Ile-de-France, Rhône-Alpes, PACA, Pays de la Loire) et les métiers de la production continuent de concentrer plus de la moitié des apprentis (61%). L’apprentissage demeure toujours une voie plutôt masculine (70% des apprentis sont des hommes) mais plus le niveau augmente plus le taux de féminisation progresse.
Les Conseils régionaux doivent mieux identifier les investissements à réaliser dans notre appareil de formation en alternance et les emplois à pourvoir en étroite relation avec l’Etat et les partenaires sociaux notamment dans les métiers porteurs et dans le secteur interprofessionnel.
Aujourd’hui près de 600 000 jeunes sont en alternance il faut atteindre des niveaux de l’ordre de 800 000 à 1 000 000 de jeunes, soit un sur cinq en alternance d’ici 2015.
3. Si une entreprise tient compte de l’investissement de la formation en alternance, de la valorisation du temps du tuteur, du temps de présence réduit de l’alternant en entreprise, un jeune titulaire d’une formation initiale embauché à temps plein au SMIC sur une même période coûte moins cher. Comment inciter les entreprises à privilégier et à s’engager davantage dans l’alternance ?
Cette question centrale est abordée par l’un des trois ateliers de l’apprentissage et de l’alternance que j’ai lancés début 2010. Ces ateliers, ce sont les think tanks de l’apprentissage. Leur mission, c’est de formuler des propositions opérationnelles et d’apporter des réponses concrètes.
Sans dévoiler les propositions des groupes, il est clair que la simplification administrative sera au menu. Pour inciter les entreprises, en 2010, il faut poursuivre les efforts de promotion des mesures telles que le dispositif « zéro charges » et les primes au recrutement, mais aussi faciliter le montage des contrats en alternance, notamment par la recherche d’une offre de formation adaptée aux besoins en qualification des entreprises visitées. Ces objectifs font partie intégrante de la mission confiée aux développeurs de l’apprentissage et de l’alternance que nous avons mis en place avec les réseaux consulaires sur le terrain.
Enfin, pour développer l’apprentissage et l’alternance notre devoir maintenant est de bousculer des systèmes de pensée qui ont la vie longue, notamment en convainquant les jeunes et les familles que cette formation est la solution : que l’on souhaite être artisan, chef d’entreprise, maçon, ingénieur en génie civil ou travailler dans les ressources humaines, l’alternance, c’est l’assurance de pouvoir être rapidement en contact avec la réalité de ces professions.